POÉTIQUE DU PETIT CORPS (extrait)
Bouger... Ne pas bouger
Ne pas bouger
Se dire bougeant
Immobile
Se dire immobile
En attente d'un tremblement si preste
Ou si long à venir...
Longue dérision de l'espace rebelle
Apte qui pourtant se veut doux limpide lucide translucide
Immobile figé inerte
Comme les statues d'antan qui dénigraient les mers inconnues.
Immobile par peur du mouvement
Qui abîmerait les jardins inondés de rosée
Immobile
Le corps est dans le sépulcre des ans
Immobile
Le corps est là où tout n'est que tumulte jaillissement et tempête
En attente en tension
Il prête attention au silence de l'aube
Bouger : s'autoriser à bouger
Puis crier
Rayer le silence d'un cri
Changer la surface du monde
En esquissant un tout petit mouvement
Lâcher une pulsation
Là où il est
Ouvrir une béance
Et regarder la béance
Se voir dans la béance
Ne pas la refermer tout de suite
Y laisser s'installer l'oeil
Qu'il capte l'étendue du vide
Provoquée par le si petit mouvement
Laisser résonner le cri
Jusqu'à ce qu'il se brise...
Et refermer
Ne pas bouger
Etre immobile
Arc-bouté sur l'espace refermé
Rétention
Se taire aussi
Laisser le silence recouvrir le corps immobile
La lumière est blanche ou grise
On ne choisit pas
C'est selon
Mais sûrement pas les deux
Même alternativement
"ohé, remue-toi"
Le corps entend
Il trésaille
La tête pivote légèrement...
Mais non espoir en suspens
Très lentement elle se replace comme avant
Le corps s'endort
Un peu plus loin un peu plus tard
Dans l'obscurité un cri
Aigu bref
Comme une déchirure
Une lame tranchante dans le vide de la nuit
Encore le silence
Revenu brutalement comme
Le plomb qui scelle le mystère
Des jours et des nuits
Inquiètant comme
Une menace d'éternité
Le temps est long
Nul ne peut savoir
S'il poursuit encore son cours
Le rythme s'accélère
Extension rétraction extension rétraction...
Puis...
Très vite ça s'ouvre ça naît